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Réflexions sur le stress post-traumatique et ses effets (extraits)
Par Béatrice Beauverd – Sociothérapeute et directrice du SAS
Introduction : Un profond malaise est perceptible dans toutes les populations occidentales, voire au-delà. Que se passe-t-il donc ? Pourquoi tant de violences gratuites, pourquoi tant d’insécurité ? La peur est omniprésente. Quelles sont les raisons profondes qui conduisent notre société et en particulier, notre économie, à l’implosion, voir à ce qui suit logiquement, à une explosion?
Sommes-nous à la veille d’un profond boulversement des sociétés occidentales face à des fractures sociales de plus en plus profondes, et à des tensions qui deviennent insoutenables ? Les sociologues qualifient notre société actuelle de narcissique.
1. De quoi s’agit-il ? Brève récapitulation du problème posé précédement:
Nous prendrons comme point d’ancrage à notre réflexion un excellent livre paru en 1993, L’Ere du Vide, qui fut le premier livre d’un sociologue français, Gilles Lipovetsky. Cet ouvrage dresse un portrait réaliste de la société occidentale, en exposant la construction des personnalités qui la composent.
Selon Gilles Lipovetsky[1], la personnalité narcissique aspire à un détachement émotionnel en raison des risques d’instabilité que connaissent de nos jours les relations personnelles. Avoir des relations interindividuelles, sans attachement profond, ne pas se sentir vulnérable, développer son indépendance affective, vivre seul, tel serait le profil de Narcisse.
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2. Comment devient-on narcissique ?
Pour commencer, nous allons chercher à comprendre et à savoir comment se construit une personnalité et comment elle se développe, en examinant les besoins fondamentaux de l’être humain.
Permettez-moi d’aborder ce thème par une légère digression. Avez-vous déjà vu ou tenu entre vos mains une bouteille de jus de pommes ? « Certainement », me direz-vous. Si vous prenez cette bouteille et que vous la montrez tout à la ronde à un groupe de personnes en leur demandant ce qu’il y a sur son étiquette et quel en est le contenu, toutes pratiquement vous diront : « Une pomme ! » Si vous réitérez la question, elles répèteront : « Une pomme ! » Elles manifesteront un sentiment de surprise lorsque vous direz : « Qui veut croquer cette pomme ? ». Evidemment, puisqu’il s’agit de l’image d’une pomme coloriée sur papier et non d’une véritable pomme ! Le peintre Magritte a étonné plus d’une personne lorsqu’il nota en-dessous de son célèbre tableau d’une pipe, ceci n’est pas une pipe. Evidemment, puisqu’il s’agit d’une peinture !
Nous avons tous reçu des messages ou images mentales que nous avons enregistrés comme des acquis au cours d’expériences personnelles, positives ou négatives, et qui agissent en nous comme des filtres. Ces messages s’inscrivent entre nous et la réalité. Ils se construisent en nous à différents âges de la vie, par le biais d’événements particuliers liés à notre relation avec nos proches : père, mère, frères et sœurs, enseignants, environnement etc. Avons-nous vérifié si, par exemple, ce que nous savons et ce que nous pensons de nous-mêmes et des autres est véritable, juste et vrai ? Pour la plupart d’entre nous, la réponse sera « non » !
La construction de notre personnalité passe par l’acquisition de connaissances au niveau cognitif, c'est-à-dire par l’intelligence et la raison. Il est important de remarquer que l’intelligence n’est pas seule à enregistrer des connaissances. Notre âme (ou psychisme) est elle aussi porteuse de souvenirs.[i] Les premiers souvenirs d’un être humain s’acquièrent dès sa naissance, mais pas seulement. Notre expérience au SAS nous montre que, dès sa conception, l’enfant enregistre des souvenirs. Leur impact est d’autant plus grand que l’enfant n’a aucune connaissance pour confronter les informations qu’il reçoit, aucun recul, ni moyen de vérifier si ce que son inconscient enregistre est exact.
Pour revenir à notre expérience de l’étiquette de la bouteille de jus de pommes, il est intéressant de noter que le mot « image » vient du grec « eidôlon » qui signifie « idole ».
Lorsqu'il nous est parlé d'idoles, nous pensons d'emblée à celles dont nous avons le souvenir, en bois taillé, en pierre ou en métal, représentant une figure, souvent peinte, sans penser à la racine du mot. Une idole est une représentation de quelque chose. C’est donc une image que l'on se fait de la chose en question et qui la représente. Un représentant d’une maison de cosmétiques, par exemple, a été investi d’un rôle lié à son mandat, donné par la maison en question. Il n’est plus lui-même, il est l’envoyé de cette maison, il la représente, sans être lui-même la maison. De même un représentant de la loi revêt un uniforme qui lui confère une autorité. Une frêle jeune femme ne pourra arrêter un camion de 40 tonnes qu’à condition d’être revêtue de l’habit qui lui donne son identité de policière. Elle peut manifester une autorité certaine, grâce à ce qu’elle porte comme vêtement et à l’image qu’elle renvoie. Elle reste pourtant une frêle jeune femme.
A partir du moment où nous prenons une image pour une réalité, elle peut nous rendre aveugle à La réalité ! Aveugle, « sou-mis » (mis dessous) et esclave de l'image ! En prenant une bouteille sur laquelle figure une belle pomme dessinée et dont l’étiquette affiche « Pur jus de pommes », nous partirons du principe que cette bouteille contient effectivement du jus de pommes. Nous en verserons alors un verre et le boirons, sans vérifier son contenu, ni le bien-fondé de l’illustration sur l’étiquette. Il est pourtant piquant de constater que, légalement, la mention « pur jus de pommes » est autorisée jusqu’à 10 % d’adjonction d’eau ! Beaucoup ne le savent pas et croient donc boire du jus de pommes pur à 100 %. L’étiquette ne dit donc pas toute la vérité ! Rassurons-nous cependant, la loi prévoit des sécurités pour la protection des consommateurs, en obligeant les fabricants à sceller les bouchons de bouteilles à la fabrication et à mentionner la composition du breuvage sur l’étiquette. Malheureusement, il n’en est pas ainsi dans beaucoup de secteurs de notre vie ! Il peut nous arriver, par exemple, de nous retrouver face à des personnes que nous pensons connaître ou à de parfaits inconnus, susceptibles d’exercer une forte influence sur nous, à notre insu ! Médecins, responsables d’entreprises, d’ateliers, hommes politiques, journalistes et même notre conjoint ! Où trouverons-nous alors la sécurité ? Qui pourra nous la garantir ?
Revenons à notre sujet : la construction de la personnalité narcissique.
Pour mieux comprendre le sens des syndromes post-traumatiques, permettez-moi de rappeler brièvement en quoi consistent les besoins fondamentaux de l’être humain.
Echelle de Maslow
1. besoins d'ordre physiologique (d’un toit sur la tête, de nourriture, de vêtements, etc.)
2. besoin de sécurité (d’amour)
3. besoin de reconnaissance et d'appartenance sociale (de relations)
4. besoin d'estime et de réalisation (d’être considéré, de réussir)
5. besoin de sens (de savoir le pourquoi des choses)
Comment une personne se construit-elle ? De quoi est-elle constituée ?
Suite de la réflexion en octobre 2010
